Ces jours-ci les pouvoirs publics sont en train d'eesayer de fêter le centenaire de la naissance du maître incontesté du châabi: le monstre sacré El Anka. Frappé d'ostracisme de son vivant le gars est devenu fréquentable bien après sa mort. C'est le cas de bon nombre d'artistes et à leur tête l'iconoclaste cheikha Remitti.
Elle est partie sans faire grand bruit. Dans son propre pays, les gens chargés de planifier la culture officielle et qui décident de ce qui est bon ou mauvais pour nos chastes oreilles, l'ont toujours considéré comme une femme aux moeurs légères, de mauvaise vie une trainée des bas fonds des "mah'chachates" et autres bordels pour bidasses en permission. Du coup, télé et radio nationales ne lui ont jamais ouvert leurs micros. A bien réfléchir, c'est une bonne chose pour sa pérennité, son nom ne sera jamais associé à ces structures monumentales de la sous-culture et du mauvais goût.
Mais dans les villes et villages, loin de l'hypocrisie des censeurs , ses incontionnels l'écoutaient religieusement, raconter ses coups de chaleurs, ses amours charnelles pour les amants de sa vie, le plaisir de retrouver l'autre, ses libations interminables qui la faisait tenir debout devant tant de mépris et de haine. Suprême consécration, des années plus tard, le zénith et bien d'autres salles mythiques, archi combles lui ont rendu son honneur perdu et la considération méritée.
A vrai dire, je n'ai jamais été un fan assidu du genre musical qu'elle distillait sans retenue, mais je ne pouvais rester insensible à cette voix de souffrance qui martelait dignement ses peines et ses joies.De nos jours , en 2007 une femme qui chante ses amours crûment et sans complexes et vite cataloguée comme la plus vulgaire des putes. Alors que dire de cette bonne femme qui dans les 40 défraya la chronique en crachant ses maux bruts de decoffrage dans une société où le fait de sortir de chez soi, pour une femme sans accompagnateur était considéré comme une atteinte aux bonnes moeurs.
Paix à ton âme magistrale insoumise, là-haut , même devant les pontes du rigorisme, continue à tambouriner sur ton bendir surchauffé comme pour leur signifier ta victoire sur leur intolérance. Tu as ouvert la voie à de nombreuses femmes , qui ont décelé dans ton audace la meilleure façon de dire non à toutes les injonctions sociétales pour rejeter à jamais toutes les formes de soumissions mêmes celles dictées du ciel.