La rue était baignée de lumière. Je marchais vite et au hasard. Ensuite je me suis mis à galoper à grandes enjambées, ne sachant ni ce que je fuyais ni ce que je voulais atteindre. A l'horloge de la cathédrale, j'ai vu qu'il était sept heures. j'ai ralenti le pas quand les gens ont commencé à se retourner sur mon passage.
J'ai dérivé sans guide et me suis retrouvé à un arrêt de tramway. Au pied d'une église, des gens étaient regroupés en nombre. J'ai reconnu une ancienne amie de fac, armée d'un porte-voix et, derrière elle, la banderole verte du Comité Citoyen était déployée. On y lisait : "Solidarité avec les démocrates algériens". J'ai pensé amusé :"Ni croyant, ni démocrate à l'Algérienne, me voilà banni du ciel et de la terre".
D'autres pancartes disaient: "Halte aux massacres" et "l'intégrisme ne passera pas". Par contre, la manipulation en ces lieux de paix feutrée, fonctionnait à plein tube et passait comme une lettre à la poste.
Des femmes, fraîchement débarquées, à la recherche d'un hypothétique asile politique, agitaient le drapeau algérien dans une excitation surfaite. Alors que les hommes de la manif, majoritaires, s'interpellaient et riaient comme je ne l'avais jamais vu auparavant.
Les terrasses des cafés étaient pleines, les chopes de bière et les verres de vin circulaient comme un banquet tenant table ouverte sans exclusive. J'avais l'impression que, nulle part, je ne pourrais passer inaperçu. Sur mon front, on remarquerait l'empreinte indélébile de l'infamie.
Maintenant, j'étais certain le solstice n'allait pas revenir avant la tombée de la nuit!