Je me suis arrêté à la porte au moment où un appel d'air frais aspirait la fumée vers la nuit. Elle venait de tirer les battants immenses d'une fenêtre et la chambre m'est apparue dans son dépouillement.
Elle a disposé la main en couvercle au-dessus d'un récipient métallique rempli de braises ardentes, dispersant des volutes entre ses doigts écartés.
Elle semblait ignorer ma présence. J'ai un peu reculé et elle m'a confié que l'encens lui avait été rapporté du Maroc.
Je lui ai dit qu'elle me rappelait les chagrins de ma mère et elle n'a pas relevé.
Je pensais que je la dérangeais mais je ne trouvais pas d'échappatoire. Cependant, j'étais sûr que je me tenais au seuil d'un royaume et qu'un seul pas me mettrait sous sa coupe.
Elle a enfin levé ses yeux envoûtés et m'a fait signe de prendre place.
Je me suis assis à sa hauteur et elle m'a regardé bien droit. Pour elle c'était le lieu le plus agréable de la maison, car soumis aux meilleurs influences.
Sur le chevet, elle s'est penchée pour allumer une bougie flottante bleue et l'a reposée à côté d'une image colorée.
Avec un rire amusé, elle m'a confié que le sourcier avait décelé un courant d'eau qui passe sous sa maison et, son tracé n'épargne que sa chambre.
Je ressentais un profond apaisement, alors qu'une loupiote venait d'éclairer différemment son visage changeant.
