La pente était douce et le tracé rectiligne. A gauche, d'un versant abrupt, un ruisseau longeait le bord de la route.
Ensuite, quittant un village, j'ai filé le long d'un lac qui se découvrait par intermittence à ma gauche.
Ses eaux étincelaient dans le cirque montagneux. Un peu plus loin, un gros rocher était gainé de fil de fer pour retenir les éboulements.
Et, au moment où, à nouveau, la voie s'élargissait, elle s'est brutalement incurvée et la montée s'est raidie comme si elle était happée par le ciel.
J'ai eu l'impression de m'arracher vers les cimes et cela m'a procuré une sensation d'ivresse absolue.
Mon vélo tenait la route et son ronron était celui d'un chat au repos.
Soudain, j'ai dépassé un barrage de sapins et une voûte bleue a basculé très loin pour aller à la rencontre de mes performances d'un digne grimpeur hors normes.
Elle était constellée d'étoiles d'or éblouissantes. Un vent frais me parvenait et me mettait les idées en désordre.....j'étais enfin devenu maillot jaune.
J'ai fait un effort pour dominer mon euphorie, car je devais surveiller le petit chemin qui me mènerait vers ma consécration.
Aucunement dopé, je roulais uniquement à l'instinct. Ma musette remplie du meilleur des whiskys et les images d'un tour complètement stimulé même drogué, m'avaient obligé de me sublimer en un écrasant Merckx, dans mon canapé désespérément non sponsorisé.