Les enterrements n'ont jamais été ma tasse de thé. Ce n'est pas une question de phobie de la mort ou quelque chose qui s'apparente à ça , mais je n'ai jamais pu supporter la fausseté des gens qui viennent presque obligés pour accomplir un "devoir" à la va-vite dans une indifférence totale. C'est pour cette raison que depuis trés longtemps je n'ai pas pu ou pas voulu accompagner beaucoup de disparus à leur dernière demeure.
Mais parfois, il est difficile de s'y soustraire, et ceci pour différentes raisons. Arrivé sur les lieux on est déjà frappés par l'aspect des lieux.Un cimitière pas du tout entretenu, à l'abandon et rebutant à plus d'un titre;c'est le cas de bon nombre d'entre eux parait-il. Une vraie forêt vierge jonchée de détritus en tous genres et où moutons et chêvres l'empruntent comme un estivage au milieu de milliers tombes qui menacent ruines.
Ainsi le décor de damnation planté, parlant maintenant de l'aspect humain de la chose. Déjà, à l'entrée, devant le portail les gens essayent de garer au plus prés leurs voitures afin d'écourter leur effort de marche, en occasionnant des gênes d'ordre pratique et mêmes en déclanchant des palabres assez musclées.
Quelques rituels plus tard, vient le moment où l'immam fait son petit laïus sur ce passage obligé en évoquant , dans une symphonie de sonneries de téléphones portables, les affres de l'enfer éternel. Ce n'est pas tant les propos apocalyptiques amusantes et trés imagés du prédicateur sur les braises des abîmes qui m'ont fait sursauter mais l'irrespect total de beaucoup personnes présentes. Au lieu de couper pendant ce laps temps de recueillement, leurs portables, beaucoup se mettent à répondre en chuchotant des réponses tout en gardant leurs fausses mines de compassion de circonstances. J'usqu'à la mise en terre, ça et là des téléphones retentissent encore, dans un bruit de tassement de terre à coups de pelles trés précipitées et, déjà une course effrénée est lancée pour celui qui déboulera le premier à la porte de délivrance.
Je sais que dans ce pays de dilettante, il est de notoriété publique que personne ne bosse sérieusement, et que tous ces quidams préssés sont des glandeurs patentés; alors tous ses faux airs d'hommes pressés ne sont que pure fantaisie, qui a pour but de valoriser ses adeptes de l'illusion. Mais un minimum de savoir vivre est parfois demandé même dans les sociétés dites "sauvages". Lorsqu'on vient accompagner par sa présence une famille dans la douleur, il est bon pour une fois au moins dans sa vie de jouer son rôle sans fards ni maquillage où alors s'abstenir d'une représentation de façade ridicule, qui du reste, ne trompe pas grand monde.
